Qui et Pourquoi ?

Entre musique et peinture

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Dans mes jeunes années, j’étais impliqué dans l’explosion de l’informatique ;  il me semblait qu’il y avait  une révolution mensuelle et que c’était là que « ça se passait ». Le soir, saxophone rééquilibrait  ma journée d’écran.

Je suis venu aux arts plastiques il y a une vingtaine d’années de manière autodidacte d’abord, puis par la formation professionnelle. J’ai suivi la presque totalité des formations du conservatoire des ocres OKHRA à Roussillon, et dans le même temps, l’essentiel de la formation sur les bétons ultra hautes performances chez Moderne méthode.

En ce qui concerne le saxophone, si la respiration entre les phrases et le son sont propres à l’instrumentiste, chaque style de musique à son vocabulaire, son swing. D’où la nécessité de se cultiver, en lisant d’abord ce que jouaient nos prédécesseurs, puis suivant l’adage de Charlie Parker :

La musique, tu bosses à fond 10 ans, puis tu oublies tout, et tu joues

Pour les arts plastiques, comme pour la musique, trouver l’idée géniale qui se démarquera de toutes les avancées est un challenge. J’ai choisi de développer un axe de création par la matière. Ou plutôt les matières: La chaux et les bétons, autrement dit « la pierre liquide ».

Aujourd’hui le béton est réhabilité au rang des matériaux écologiques, peut-il en plus … être beau ?

En interprétant Schiele, Picasso, Van Dongen, Matisse, Kupka, Kandinsky, Modigliani … dans le sable, le ciment ou la chaux au lieu d’utiliser une toile, j’ai développé un vocabulaire propre. En partant des techniques de la fresque, j’ai adapté un procédé qui permet des effets de matières importants en utilisant la granularité des sables et des matériaux de pointe.

Dans le matériau minéral comme dans la musique, la vieille école et la nouvelle ont leur spécificité. Aimant jouer du classique, du funk, du bop ou blues avec autant de plaisir, je sais que tout ne s’exclut pas. Dans le matériau, d’un côté le conservatoire Okhra met en avant la pérennité, la tradition, la richesse des couleurs, de l’autre les chimistes du monde entier soulignent les résistances mécaniques, la collaboration avec le carbone, les fibres synthétiques des nouveaux matériaux.

Trouver ce qui ne s’exclut pas dans l’usage des matériaux traditionnels et modernes sera donc mon défi.

La pratique de la musique m’a incité à faire des gammes sur mon nouveau procédé de sable et de chaux. Après le jazz, qui fait la place belle au saxophone, je me suis frotté au reggae, à la musique africaine, au rythm’blues pour finir dans la salsa que je pratique depuis 25 ans.

Je suis influencé par les peintres européens de la période qui court des impressionnistes aux débuts de l’abstraction. Je me suis également intéressé aux trésors gravés dans les monuments célébrant l’Islam à son âge d’or, la catalogne de Gaudi, les artistes japonais et chinois. En collectionnant les calligraphies, les estampes, les masques du monde, j’interprète des oeuvres « qui me parlent ».

A l’heure où l’économie mondialisée voudrait distendre les liens entre les composantes de la société Française, je pense qu’il est important que les artisans produisent des métissages, mettent en valeur la grande richesse culturelle de chacune de ses communautés. Que les européens construisent des jardins asiatiques ou arabes, décorent leur intérieur de calligraphies, d’objets, de masques africains, … enfin affichent leur sensibilité au « beau » de l’autre me parait un Graal chargé de sens.

Serge Ducourant – 2013